Design International 2011

14 mai 2011

Je n’ai jamais aimé l’idée que la religion puisse contrôler ma vie. Je n’ai jamais ressenti le besoin d’imaginer un au-delà pour apprécier ce monde-ci. Avec le dernier souper, Juhani Pallasmaa nous a plongés dans un univers qui ne m’était pas du tout familier, et qui pour moi était le même que celui de la religion. Cependant, son approche était très sensible, très sensuelle, car nous avions comme mandat de réfléchir le projet uniquement au travers de la maquette. La dualité entre un autre monde et le travail sur la matérialité pouvait apparaître contradictoire, mais c’est en fait là que résidait une importante part de la force qui pouvait émaner du projet.

Afin de réellement comprendre ce que pouvait représenter le dernier repas, j’ai dû tour à tour imaginer le rôle de Jésus, de l’apôtre et de Judas. Vivre le doute, vivre l’incompréhension, vivre le solennel silence de ce dernier repas.

Raconter bien, c’est raconter ni trop ni trop peu. Raconter bien c’est ressentir vraiment. Juhani nous a demandé de garder l’essence par l’image sans tomber dans le symbole. Alors que le symbole semble plus clair, il est aussi plus facile, et son universalité empêche le spectateur de ressentir vraiment à son tour, l’empêche de s’approprier pleinement la scène. Juhani est passé voir nos projets, et comme il nous l’avait dit, il en a retiré plusieurs éléments. Cet exercice fut d’une puissance remarquable, car par ces retraits, le projet est devenu vrai, unique et précieux.

Mes yeux ont vu une nouvelle fois. L’abus ne donne pas de satisfaction, et Juhani propose de traiter la lumière de façon très précieuse. Cette parcimonie côtoie l’harmonie. Alors que nous vivons souvent dans un monde dans lequel plus, c’est toujours mieux, Juhani nous a montré que les choses très simples, en quantité très limitée, pouvaient être à la source d’images beaucoup plus fortes.

Ces cinq jours intensifs avec Juhani et Louise m’ont fait comprendre qu’il est possible de ressentir plus. Je ne pense pas avoir jusqu’alors atteint une sensibilité aussi juste lors de mes projets. Par les étapes de la charrette, par l’épuisement, par le découragement, mais aussi par les découvertes, les révélations et la discussion avec les autres, j’ai fait un pas dans ma vie. Je suis plus sensible.

Merci.

Beaucoup.

Ce texte est un retrospective de l'Atelier Juhani Pallasmaa (architecte finlandais), invité par Louise Pelletier.

Vous pouvez voir tout les projets en cliquant ici.

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