Cabane de pêche blanche
12 décembre 2008
Depuis la nuit des temps, l'homme a eu recours à la chasse et la pêche afin de subvenir à ses besoins. Là où l'hiver est assez rude pour qu'il y ait de la glace à la surface des lacs et des rivières, la pêche devient beaucoup plus ardue. La pêche blanche est une méthode employée par les Inuits et Amérindiens pour pêcher en hiver en creusant un trou dans la glace. Au Québec, cette pratique a été perpétuée et améliorée avec l'ajout d'une cabane de pêche. Cette cabane peut être considérée comme un objet de design typiquement québécois, car elle vient s'inscrire dans un héritage amérindien ainsi qu'un climat propre au Québec. Il est cependant impossible de parler de design sans parler de contraintes, et les contraintes auxquelles est soumise cette cabane sont nombreuses. La cabane doit être assez légère et petite pour être transportée facilement, puis ramenée sur la berge avant la fonte. Elle peut être installée sur des roues ou des patins afin d'être plus facile à déplacer. Elle doit en outre être assez solide pour résister à une accumulation de neige sur le toit. Il faut aussi que quelques personnes puissent s'asseoir à l'intérieur, et qu'un poêle à bois soit installé afin de garder la cabane chaude. Certaines cabanes ont un trou dans le plancher qui permet de pêcher sans avoir à sortir de la cabane. Comme une cabane n'est utilisée que deux à trois mois par année, qu'elle n'est pas faite pour qu'on y dorme et qu'il faut qu'elle ne soit pas trop coûteuse à construire, il n'y a dans la construction que peu ou pas de considérations esthétiques. Il serait d'ailleurs inutile qu'une cabane de pêche soit faite pour être belle, puisqu'elle ne sert qu'à rendre l'environnement hostile de la glace apte à être utilisée par l'homme pour pêcher. Aujourd'hui cependant, la pêche blanche ne répond plus à un besoin vital, mais certains s'en servent encore.
Il y a en fait deux grands types de gens qui se servent de la cabane de pêche blanche : les habitués de longue date et les curieux. Alors que les premiers ont souvent leur propre cabane de pêche dont ils se servent chaque année, les deuxièmes seront plus attirés par le Saguenay ou Ste-Anne-de-la-Pérade où il est possible de louer pour la journée une des «petites cabanes formant des villages colorés». Au Québec, la pêche blanche vient plutôt s'inscrire comme une activité tranquille entre amis où l'on peut boire un coup et relaxer. Ce qui fait aussi de cette cabane un objet de design québécois, c'est justement cette capacité de rendre agréable une activité aussi étrange que pêcher sur la glace par -30°C. Si l'on cherche une explication quant à l'engouement pour ce type d'activités de plein air, il faut certainement y voir une sorte de réminiscence d'un passé amérindien et une intolérance à l'entassement. Sur ce point, l'utilisation par des habitués de la cabane de pêche est très différente de l'approche des curieux. La vision plus traditionnelle est celle de cabanes isolées, disparates, qui trouvent leur sens dans leur individualité. Les cabanes sont alors plus personnelles et leur apparence est modulée par les besoins du propriétaire, ce qui leur donne un sens qui dépasse leur réalisation simplement matérielle.
Par contre, dans les centres plus touristiques de pêche blanche, comme à Ste-Anne-de-la-Pérade, les cabanes ne trouvent un sens que dans leur ensemble. Les cabanes sont alors standardisées et organisées sur une trame orthogonale à la manière d'un petit village. Malheureusement, cette façon d'utiliser la cabane ne lui rend pas justice, car passer une journée dans une cabane de pêche ne suffit pas à en comprendre le sens. La pêche blanche devient alors simplement une autre façon de vendre du folklore que les touristes consomment.
Il est regrettable que de la cabane, réponse à l'appel de l'hiver et aux racines de certains Québécois, il ne reste, dans sa déclinaison touristique, qu'un objet kitsch de divertissement.